Poussant l'avantage face à un président de la République en chute libre dans les sondages, le numéro un du PS François Hollande est allé jeudi défier Nicolas Sarkozy dans son ancien fief de Neuilly-sur-Seine, sur le thème du logement.
"François ! François !"... Yaya, qui a voté Ségolène Royal à la présidentielle, interpelle du haut de sa pelleteuse le patron du PS puis se lance dans la mêlée de journalistes pour tenter de lui serrer la main.
L'ouvrier d'origine malienne travaille sur un chantier de la Cogedim, face à l'île de la Jatte -ancien lieu de résidence de Nicolas Sarkozy-, qui a racheté le terrain de l'ancienne Ecole nationale des douanes pour y édifier une résidence de luxe.
Les pieds dans la boue, en veste de cuir, François Hollande, avec à ses côtés la tête de liste PS locale Lucienne Button, fustige Nicolas Sarkozy qui, en tant qu'ancien ministre et élu local, "a laissé un promoteur privé reprendre le terrain de l'Etat".
Avec les patrons des députés et sénateurs PS, Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Bel, il lance une "opération logement" dans le cadre de la campagne des municipales pour "faire un travail d'évaluation des politiques locales de logement" en faisant halte dans deux communes, la PS Palaiseau (Essonne) puis l'UMP Neuilly-sur-Seine.
Sur le plateau de Saclay, à Palaiseau, le député-maire François Lamy explique avoir préempté une friche et commencer à y faire construire un programme immobilier avec 30% de logements sociaux.
"Nous voulons sortir des murs du Parlement pour constater ce qui se passe sur le terrain", explique Jean-Marc Ayrault. Il présente "10 engagements socialistes" pour "un logement adapté à chacun et abordable pour tous", élaborés avec l'association Droit au Logement.
Le texte prévoit notamment que l'Etat se substitue aux communes défaillantes sur le taux de 20% de logements sociaux d'ici 2020 fixé par la loi SRU.
"Vous avez deux illustrations de deux politiques différentes. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Se plaindre, simplement protester ? Non, essayer de changer les municipalités", lance M. Hollande.
"Non, notre opération n'est pas caricaturale, ce qui est caricatural, c'est la politique de Nicolas Sarkozy", se défend-il.
"Dans sa propre commune, dont il est resté maire très longtemps et où il veut que son porte-parole à l'Elysée (David Martinon NDLR) soit son successeur, il n'y a que 3% de logements sociaux alors que l'obligation, c'est 20%", martèle-t-il.
"Je ne voudrais pas que, pour le pays, le manquement aux promesses et engagements soit comparable à ce qui s'est produit à Neuilly-sur-Seine", ironise-t-il.
Sur le chantier de Neuilly, le chef d'équipe demande aux élus d'évacuer le terrain. "La politique, je n'en ai rien à faire, vous n'avez pas d'autorisation, pas de casques", lance-t-il. Mais aucun vigile ou autre force de sécurité ne se fera voir... Pas d'évacuation médiatique à l'appui de la démonstration...
Dans le bus du retour, François Hollande, qui a passé une partie de son enfance à Neuilly-sur-Seine, fait le guide. Il montre l'institution privée Notre-Dame de Sainte-Croix où étudiaient Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux (Immigration), soulignant que, lui, était au lycée public Pasteur.